
Je
me réveille et je me sens au plus bas. Je laisse mes yeux fermés
dans l’espoir que le personnel oublie que je suis là. Les
infirmières s’activent dans ma chambre. Ma stratégie
fonctionne. On ne fait pas attention à moi. Vers 6h., ma main
qui reçoit la perfusion commence à brûler intensément. Je
sonne, je sonne, je resonne. L’infirmière arrive et constate
que ma veine a éclaté et que mon soluté se vide directement dans
ma main. Il est 7h. quand chéri arrive et que l’infirmière
s’applique à retirer le tout. Elle me pique deux fois dans
l’autre main pour finalement m’installer, dans une troisième
tentative, la perfusion dans le pli du coude. Je suis heureuse
de voir chéri mais tellement fatiguée ! Mon énergie baisse
d’heure en heure. On me redonne du Gravol iv pour contrôler
ma nausée. Je me plains du goût absolument horrible que j’ai
dans la bouche. Je n’ai pratiquement rien mangé depuis une
soixantaine d’heures ni brossé mes dents depuis le matin de la
chirurgie. La simple idée de mettre une brosse à dents dans ma
bouche me lève le coeur. Chéri disparaît et revient avec des
bâtonnets de glycérine. Ce sont d’espèces de gros coton-tiges
imbibés d’un goût citronné. J’en suçotte un et le passe
partout sur mes gencives. Ça me fait du bien. Chéri part travailler
après quelques encouragements. Mon moral est au plus bas.
Lorqu’on
m’apporte le plateau de déjeuner, je sens que j’ai enfin un peu
faim. J’attends que le Gravol soit à son effet maximum pour
manger mais je m’endors. Quand je me réveille, le plateau a
disparu. Je demande la bassine mais ne me rends pas compte que
ma jaquette trempe dedans alors que je fais pipi. J’attends
au moins deux heures qu’on vienne me changer. La gentille
préposée de la veille m’aide à me laver à la main et à enfiler
une jaquette propre. À midi, on vient m’enlever ma pompe PCA.
J’ai pris 5 ou 6 doses en tout. Je reçois en matinée ma deuxième
dose de Lovenox. Et hop, un trou de plus dans mon pauvre corps
que je sens de plus en plus massacré. On vérifie mes signes vitaux
et mon pansement. On m’administre régulièrement Tylenol, Colace
et Celebrex. Ce midi là, je mange quelques bouchées de pommes de
terres en purée. J’espère gagner des forces.
Ma
pire ennemie fait irruption après le « repas ».
Madame la physiothérapeute tient sa promesse et m’oblige à me
lever. Je me sens plus molle qu’une poupée de chiffon. Juste
me tenir assise au bord du lit est un exploit. Je pleure en regardant
la marchette placée devant moi. Madame semble penser que je fais des
caprices. Elle ne comprend pas que ce n’est pas ma jambe qui
m’inquiète mais mon état général. Elle insiste et en rajoute en
m’annonçant que des patients opérés le même jour que moi, sont
déjà rentrés à la maison. Elle peut bien me mettre toute la
pression qu’elle veut, la mienne est basse et je n’y peux rien.
Je m'asseois au bord du lit en pleurant et je me lève en me
cramponnant à la marchette. Je fais un pas et un deuxième. Je sens
que je vais m’évanouir. On m’asseoit en vitesse. Ma
pression est à 77 sur 43. On me couche toutes affaires cessantes.
Hasta manana, suite du duel demain.
Je
n’ai pas droit au bolus de Lactate Ringer car il était prescrit
dans le même protocole que la pompe PCA que je n’ai plus. On
ne fait donc rien pour remonter ma pression. Je passe l’après-midi
couchée et une fois de plus, on m’installe un cathéter pour vider
ma vessie. Il est enfin en place après trois tentatives.
J’ai un litre à évacuer. Mon souper est servi et je dévore la
tranche de pain puis je prends plusieurs bouchées du riz au poulet.
Je le trouve délicieux. Je n’ose pas trop manger puisque
j’ai l’estomac vide depuis plusieurs jours. Chéri, qui
vient de terminer sa journée de travail, passe me voir. Il
trouve que j’ai meilleure mine. Je me sens mieux. Il
m’apporte un Sprite bien froid. Je me sens revivre. Après
son départ, je mange une partie d’un gros biscuit au chocolat
acheté par ma soeur 48 heures plus tôt. Je sens que je reprends des
forces. Je me sens donc d’attaque pour négocier avec l’externe
qui espère me mettre un cathéter encore une fois. J’accepte de me
lever et d’aller sur la chaise d’aisance. J’y urine plus
facilement que sur la bassine. Malgré mes efforts, le scanner
indique que j’ai encore 354 ml à vider. Je me sauve du cathéter
en promettant d’aller sur la chaise d’aisance aussi souvent que
nécessaire. Je tiens mon engagement et uriner devient de plus en
plus facile. L’assistant de mon orthopédiste passe me voir en
soirée. Il me dit que tout va bien.
Cette
nuit là, je passe une excellente nuit. Le 48 heures post op est
passé, autant pour moi que pour une de mes compagnes de chambre.
Les deux autres occupantes dorment sans faire de bruit. On nous
laisse roupiller jusqu’au matin.